"Esthétique de la flaque "
Je confectionne des plis en dessinant les bords des pétales.
Puis j’inonde ma toile de peinture liquide. Elle glisse sur les
pentes des volumes et s’accumule dans les creux. De ce filet
à capter quelque chose de la Rose, j’attends une surprise qui
ressemble au regard du voyeur à travers les persiennes.
Je travaille en observant les formes réelles. Les symboles
ne viennent qu’après coup. Je me situe quelque part
dans l’“avant-dit”, pas encore
nommé mais désigné pourtant.
Dans la chronologie, à un moment sont apparues les
«flaques» et les traces qu’elles
déposent ; puis, j’ai cherché un sujet. C’est ainsi
que dans l’«écriture» donnée
par les plis, un jour, j’ai fait entrer les Roses. Elles s’y sont
installées par aimantation.
Quand je regarde intensément une Rose, elle me submerge et
me noie; pour émerger, il faut rendre très vite
cette sensation. C’est le rôle du travail pictural. A la
fin du combat, la Rose me semble «prise» dans la toile;
peindre s’arrête; l’inquiétude du
séchage commence et tout finit par le verdict du mur, à la verticale.
Peut-être est-ce une peinture de paresseuse curieuse, qui
regarde faire plutôt qu’elle ne fait.
Mais en arrière, il y a une urgence.
R.Pia
(6
septembre 2005)